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Odeline. Sans influence

Est-ce que quand on est soi-même influenceuse, on peut se préserver de l’influence d’Instagram sur notre quotidien de maman ? C’est l’exercice délicat que réussit avec brio Odeline du blog, Les Petits Papiers. Les choses sont claires pour elle : partager certains aspects de sa vie avec ses enfants tout en respectant leur intimité. Et pas question pour elle de nous faire croire que la vie de parent, c’est tous les jours Disney. Sans langue de bois, elle se confie aussi régulièrement sur ses doutes de femme et de maman.

Odeline, 36 ans, mariée, Archibald, 8 ans et Josephine, 3 ans, responsable de la protection des données

Quel genre de petite fille étais-tu ?

J’étais une petite fille modèle. Ma maman m’habillait vraiment comme une petite poupée avec des petits cols ronds, des manches bouffantes, une petite coupe au carré. Je travaillais bien à l’école et j’étais très soigneuse. J’étais plutôt câline et dépendante de ma maman même si je pouvais passer des heures à jouer seule.

Dans quel genre de famille as-tu grandi ?

Je suis la troisième d‘une fratrie. J’ai 11 ans et 7 ans de moins que ma sœur et mon frère. Je suis la petite dernière et je crois que j’ai eu ce statut à son apogée (rires). Pourtant, malgré la grande différence d’âge avec mes ainés, je me suis toujours bien entendu avec eux. Pour remettre les choses dans leur contexte, ma sœur a commencé l’univ alors que j’étais à l’école primaire. Mes parents se sont séparés quand j’avais 4 ans. La relation entre eux n’était pas facile mais ils étaient très corrects quand ils me parlaient l’un de l’autre. Je vivais avec ma maman et j’allais en vacances chez mon papa.

Ta grossesse, tu dirais plutôt bienvenue au Paradis ou mon dieu quel enfer ?

Mes deux grossesses ont été totalement différentes. Après m’être mariée, je voulais absolument avoir un bébé le plus vite possible. C’était une obsession. Et après 6 mois d’essai, c’est arrivé. La grossesse se passait bien jusqu’à la 27 ème semaine où j’ai commencé à avoir des soucis et à la 31ème semaine, j’ai dû être hospitalisée en urgence car mon col était trop ouvert. Je ne comprenais pas totalement ce qui m’arrivait. C’était ma première grossesse et j’étais plutôt jeune. Heureusement, j’ai été bien suivie à l’hôpital et quand je suis rentrée à la maison, j’ai été alitée. Et puis finalement, les semaines ont passé et le petit pépère ne voulait pas sortir. Il est né à terme, le jour prévu. Mon accouchement a été plutôt compliqué puisqu’il m’a cassé le coccyx en passant. Heureusement lui allait bien. Mais moi, j’allais beaucoup moins bien. Ça n’était pas les symptômes cliniques habituels mais ce coccyx cassé m’a fait souffrir pendant 6 mois. C’était difficile à gérer avec un tout petit bébé. Je n’étais pas spécialement comprise dans ma douleur et quand ma gynéco m’a dit quelques jours plus tard « c’était violent votre accouchement », ça m’a fait du bien de l’entendre car tout le monde se concentrait sur le fait que l’accouchement en soi avait été rapide. J’ai perdu les eaux à 4h du matin et il est né à 8h du matin. Mais je n’étais pas préparée à une telle violence. On ne m’avait jamais préparée à ça. J’ai mis un peu de temps à digérer tout ça. C’était un départ dans ma vie de maman assez compliqué.

Entre 8mois et 18 mois, Archibald a eu plusieurs épisodes de convulsions fébriles. C’était très impressionnant et ça nous a beaucoup marqué. Hospitalisation en soins intensifs, diagnostiques à tout va, le personnel médical ne nous a pas épargné.  Ils nous ont partagé tous leurs doutes (méningites, épilepsies, problème cérébrale…). C’était très dur à gérer. Au bout d’un temps, on a décidé de prendre les devants et d’aller consulter une neuro-pédiatre. Elle a eu des mots rassurants et a pu nous aider à relativiser. Le problème était en réalité qu’Archibald ne gérait pas les changements de température et il risquait à chaque fois des épisodes de convulsion. Heureusement, aujourd’hui il a 8 ans et il n’a gardé aucune séquelle. C’est un petit garçon costaud et super intelligent. Ça a été une période difficile où il a fallu se préserver. De la famille parfois aussi, qui inquiète pose beaucoup de questions ou au contraire dédramatise la situation pour se protéger alors que nous, nous avions besoin de soutien. J’ai beaucoup d’admiration et d’empathie pour ces parents qui arrivent à gérer des situations dramatiques avec une force incroyable. Nous, on a eu finalement cette chance d’avoir été assez vite rassurés et de pouvoir avancer.

C’est quoi le plus difficile dans la maternité selon toi ?

J’ai un ami qui m’a dit un jour qu’il n’avait pas encore d’enfant car il n’était pas prêt à avoir cette angoisse que la vie de quelqu’un d’autre dépendait de lui. Je crois que devenir parent, c’est exactement ça et qu’on n’en a pas conscience avant de le devenir. Devenir parent, c’est magnifique mais c’est aussi difficile. C’est pour ça, qu’il faut désacraliser la parentalité. Pour que chacun arrête de se sentir seul. Quand Archie avait deux ans et demi, je suis partie travailler deux mois en Suède. Je crois qu’en tant que maman, c’est la meilleure chose qui me soit arrivée. Les gens n’ont pas spécialement compris ma décision. Que je puisse le quitter. Ils avaient du mal à comprendre que je ne faisais pas ça contre mon fils ou mon mari mais pour moi. Je savais que c’était pour du court terme et que cela allait m’apporter un véritable épanouissement personnel. Ils sont venus me voir là-bas et c’était une belle expérience familiale. Mon mari a géré parfaitement la situation. J’ai la chance d’avoir un mari extrêmement investi dans sa paternité. Il s’occupe énormément de nos enfants. Dans certains aspects du quotidien, peut-être même plus que moi. Quant à moi, cet éloignement m’a confortée dans ma maternité. Quand je suis rentrée, j’étais une autre femme mais pas une autre maman. J’ai pris énormément confiance en moi. J’avais accompli quelque chose de difficile.

Qu’est-ce qui est différent avec un deuxième enfant ?

Le premier enfant, c’est une envie viscérale. Le deuxième c’est un choix réfléchi. Tu essayes de planifier par rapport à la vie du premier, par rapport au moment où il va rentrer à l’école,…Puis tu te demandes si tu es prête à recommencer les nuits et tout ça et du coup, tu repousses beaucoup cette décision. Et puis finalement, je suis tombée enceinte de Joséphine sans vraiment l’avoir calculé. Et c’est la meilleure chose qui pouvait arriver car j’ai arrêté de me poser des questions. L’accouchement a été plus facile même si j’ai douillé (rires). Comme quoi même si le premier accouchement se passe mal, cela ne veut pas dire que ça ne peut pas se passer bien pour le deuxième. La première fois, on se sait pas, on n’a pas confiance en notre corps, on est impressionnée par la douleur et on a la sensation qu’on ne va pas y arriver. La deuxième fois, on s’écoute plus, on suit nos intuitions. Par exemple, moi j’ai fait toute la fin du travail sur le côté car j’avais la sensation que ça serait mieux par rapport à mon coccyx. Je crois aussi que même si l’accouchement est un moment important dans la maternité, ça n’est ni le plus beau ni le plus important. C’est après que viennent les plus beaux moments. Quand tes yeux croisent ceux de ton bébé et que ton cœur s’emballe. Où quand tu es seule au milieu de la nuit à nourrir ton bébé. Ça, ce sont les moments qui comptent.

Est-ce que tu es la maman que tu avais imaginée ?

C’est difficile de répondre à cette question. Je ne sais pas si je m’étais réellement projetée. Mais je crois que oui, je suis plus ou moins la maman que j’avais imaginée. A ceci près, que je pensais faire beaucoup plus d’activités avec eux (rires). Tu sais comme on voit sur Instagram. J’essaye d’en faire mais ça tourne souvent au fiasco ou ça n’amuse que moi. Mais à part ça, je me suis toujours dit que je serais une balance entre maman câlin et maman stricte. Et c’est vrai que je suis assez carré. Je leur explique qu’il y a une boite dans laquelle ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Mais ils ne peuvent pas dépasser les limites de cette boîte.

Devenir parent, c’est magnifique mai c’est aussi difficile. C’est pour ça, qu’il faut désacraliser la parentalité. Pour que chacun arrête de se sentir seul

Tu trouves que les femmes subissent beaucoup de pression par rapport à leur maternité ?

Je crois que la première pression vient de cette idée qu’on se fait de ce qu’on devrait être pour être une bonne maman. Ensuite, l’entourage peut être aussi bénéfique que nocif. Il faut savoir prendre du recul et analyser. Et puis, moi j’ai eu de la chance d’avoir mon premier enfant avant que les réseaux sociaux n’occupent autant de place dans la société. Parce que je crois que j’aurais eu du mal. Ils exacerbent ce sentiment de concurrence entre les mères très très fort. Puis les réseaux sociaux ont tendance à nous faire croire qu’un enfant c’est juste beau et doux. Que ça dort avec un chaton et un bonnet tout le temps. Il est où le bordel et le carnage que ça peut être au quotidien ? C’est important que les jeunes mamans puissent prendre de la distance par rapport à tout ça. Qu’elles se rendent comptent que ces comptes de mamans parfaites sont des comptes professionnels et qu’ils donnent donc une vision professionnelle de la vie de parent. Que ça n’est pas la vraie vie. Même si moi-même j’ai eu un blog et je suis considérée comme une influenceuse, je ne vis pas pour autant, tout ça sereinement. De par mon métier, dans la protection des données, je suis très consciente des risques et dangers d’exposer ses enfants sur internet. Je ne suis pas naïve. Je le fais tout de même mais en prenant certaines précautions. Je demande à Archibald son avis maintenant car il est en âge de comprendre. Je lui explique quand j’ai un partenariat ce que cela implique en contrepartie, que ça n’est pas la vraie vie. Par exemple, quand on est invités à une expérience dans un centre de vacances ou un parc d’attraction, on bénéficie clairement d’un traitement de faveur. C’est important qu’ils ne s’habituent pas à ça. Je fais particulièrement attention à ce qu’ils ne soient pas associés de manière claire à de la pub. Mais je suis fière de mes enfants et je ne résiste pas à certains moments à partager des photos d’eux si mignons (rires). Je sais que ça flatte quelque part mon égo mais au moins j’en suis consciente. Si un jour, ils me disent qu’ils ne veulent plus que je partage des images d’eux, j’accepterai sans soucis. Par contre, je suis heureuse de me dire qu’Archibald apprend par ces expériences à gérer le réel et le virtuel. Il pose beaucoup de questions. Je crois que dans le futur ça devra faire partie de l’éducation des enfants. C’est très difficile d’avoir une opinion tranchée sur le sujet.

Tu as peur parfois ?

De tout ! Du tragique comme pour tous mes proches. J’ai peur de l’inconnu. Et puis de manière plus concrète, j’ai peur du harcèlement et plus encore du cyber harcèlement. J’ai peur qu’ils n’aient pas confiance en eux ou en nous pour nous en parler. Je ne pourrais pas supporter qu’on se moque d’eux et qu’ils en souffrent.

Quelle valeur tu voudrais leur transmettre ?

Je vais en dire deux car une c’est difficile de choisir. La gentillesse et la générosité. Je m’entends souvent répéter à quel point mes enfants sont gentils. Pour moi c’est essentiel. Je crois que les gens gentils et généreux réussiront toujours dans la vie si c’est sincère et naturel.