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Sarah. La vie à tambour battant.

Quand Sarah a un projet en tête, elle fonce. Pour elle, hors de question de choisir entre sa vie de maman, de femme et sa vie professionnelle. Elle veut tout mener tambour battant, avec cette même passion. Propriétaire d’un restaurant et co-fondatrice d’une coopérative agricole, elle entend bien transmettre ce feu sacré à ses enfants, dès le berceau.
photo Equinox Light

Sarah, 37 ans, cohabitante, 2 enfants, Mateo 10 ans et Justine 3 ans, directrice de L’Auberge des Maïeurs et co-fondatrice de la coopérative agricole La Finca

Quel genre de petite fille étais-tu ?

J’étais une meneuse, plutôt appréciée par les autres enfants. J’adorais déjà fédérer des groupes autour de moi. Je voulais être appréciée et je savais comment faire pour l’être (sourire).

Dans quel genre de famille as-tu grandi ?

J’ai grandi dans une famille très unie jusqu’à mes 16 ans. J’ai un frère qui a 3 ans de moins que moi. Ma maman était enseignante et très proche de ses enfants. Elle était très présente pour nous. De par son métier, elle était disponible dès 16h et nous soutenait beaucoup dans notre éducation scolaire. Ses horaires étaient calqués sur les nôtres et nous étions clairement sa priorité. Nous étions très unis, mon frère, ma maman et moi. Mon papa était fonctionnaire à la banque nationale et indépendant complémentaire. Il était un peu moins présent à la maison et avait parfois du mal à trouver sa place au sein de la famille. Aujourd’hui, il est beaucoup plus disponible pour ses enfants qu’il a pu l’être quand on était plus jeunes. Je crois que pour certains pères, la relation devient plus simple quand leurs enfants deviennent adultes.

Tu reproduis l’éducation familiale ou au contraire tu t’en éloignes ?

Je me rends compte, parfois avec difficulté que je prends un chemin différent de celui de ma mère à mon âge. J’y ai beaucoup réfléchi et je crois que cela s’explique premièrement par le fait que je me suis construite en tant que femme alors que je vivais à des milliers de kilomètres d’ici. J’ai vécu 5 ans en Colombie, juste après mes études. Et donc cette phase importante où on commence à sortir du nid, je l’ai passée loin du cocon familial. Cela m’a permis d’apprendre à me connaître et de devenir qui je voulais être. J’ai d’ailleurs accouché de mon premier enfant là-bas alors que j’avais 27 ans. Deuxièmement, j’ai choisi un métier très différent de celui de ma mère. Je suis indépendante depuis 8 ans, j’ai un restaurant à gérer et cela ne me permet bien évidemment pas d’avoir la même disponibilité pour mes enfants qu’elle avait pour mon frère et moi. Mais je me rends compte aujourd’hui qu’il y a beaucoup de manières différentes d’être maman et je crois que j’ai trouvé celle qui me correspond le mieux. Ma maman a clairement fait passer son rôle de mère avant tout le reste. Moi, j’ai besoin autant de temps pour ma vie de couple que pour ma vie de famille et quand il reste du temps, j’ai aussi besoin de temps pour moi. Même quand on a eu Justine, notre deuxième enfant, je n’ai pas ajouté du temps dans mon agenda pour les enfants parce qu’ils étaient deux. Ils ont dû partager le temps que j’avais pour eux, à deux. J’estime que c’est à mes enfants de s‘adapter à notre vie et pas le contraire. Parfois bien sûr, il n’y a pas le choix et je m’adapte davantage à eux. Je crois qu’ils le vivent très bien car c’est ce qui leur permet d’avoir des parents très épanouis. Et puis quand je suis avec eux, je le suis entièrement. Nous partageons du temps qualitatif. Ils vivent avec mon compagnon et moi-même beaucoup de nos passions et de notre vie professionnelle. Je crois que c’est bénéfique pour eux aussi de rentrer parfois dans notre sphère et d’y puiser des apprentissages. Ils sont tous les deux très autonomes et très conciliants. Mais c’est parfois difficile de faire comprendre nos choix à mon entourage.

Même quand on eu a un deuxième enfant, je n’ai pas eu plus de temps à leur consacrer parce qu’ils étaient deux. Ils ont dû partager ce même temps à deux. J’estime que c’est à mes enfants à s’adapter à moi et non pas le contraire

Tu trouves que les mamans subissent beaucoup de pression ?

J’ai choisi de vivre avec un homme qui m’épaule et me soutient toujours à 100%. Par rapport à mes choix de vie, finalement ce qui m’importe c’est que les gens qui me sont proches me comprennent. C’est d’autant plus vrai avec mon compagnon. Il y a quelques mois, je suis partie seule en vacances en Allemagne. Je m’étais toujours demandée si je pourrais le faire. Quand j’ai eu des doutes sur ce projet, d’un point organisation avec les enfants et le restaurant, c’est lui qui m’a dit de foncer. J’ai cette chance qu’il me permette chaque jour de devenir celle que j’aspire à devenir. Par contre, cette décision de partir seule, sans mes enfants et mon mari, a été mal comprise et accompagnée de reproches par l’une ou l’autre personne. Ça a été compliqué de faire entendre que j’avais besoin de faire ce voyage pendant lequel j’irais notamment marcher seule en forêt. Parfois, je suis blessée qu’on puisse ne pas comprendre mes choix, maintenant je crois que c’est important d’aller de l’avant. Car j’ai passé l’âge de demander le consentement de mes proches concernant ma vie. Mais c’est déstabilisant pour moi d’élever mes enfants d’une manière différente à l’éducation que j’ai reçue.

Tes grossesses, c’était plutôt bienvenue au paradis ou mon dieu quel enfer ?

Mes deux grossesses se sont très bien passées. J’ai accouché en Colombie de mon premier enfant. Les soins de santé fonctionnent là-bas, comme aux Etats-Unis avec des systèmes d’assurance privée ou publique. Personnellement j’ai eu la chance de pouvoir accoucher dans un hôpital privé grâce à l’assurance de mon boulot. Les accouchements sont extrêmement médicalisés. Il n’y pas du tout de place pour le naturel. De manière générale, je dirais qu’on œuvre clairement plus pour l’accouchement naturel en Europe qu’en Amérique du Sud. L’accompagnement humain ne semble pas non plus être leur priorité. Mais comme je n’avais pas de point de comparaison, ça ne m’a pas frustrée plus que ça. Tout s’est bien passé et j’étais heureuse. Avec mon compagnon, on était qu’à deux, dans notre bulle puisque nos familles étaient loin. Après ce que je trouve plus difficile à un autre niveau, c’est plutôt l’image de soi après la grossesse. Après chaque grossesse, j’ai gardé quelques kilos. Je dois avoir environ 8 kilos de plus qu’il y a dix ans et ça n’est pas évident à accepter. Je crois qu’on n’est pas toutes égales face à la nature. Certaines femmes sortent de l’hôpital et ont déjà perdu tous leurs kilos et puis d’autres les tirent péniblement. Après je ne suis pas une grande perfectionniste et donc je ne suis pas très rigoureuse à ce niveau-là. J’aime plaire et me plaire. Donc par moment ça m’importe beaucoup mais ça ne dure jamais très longtemps (rires).

Est-ce que tu as peur parfois ?

J’ai peur que si un jour les enfants devaient être mal dans leur peau, ça pourrait être dû à des choix que j’ai fait pour eux quand ils étaient petits. Que ça soit un mode de vie, un manque d’attention, …Aujourd’hui, j’ai l’impression de poser les bons choix pour eux mais je ne peux pas savoir s’ils me paraitront toujours idéaux dans quelques années. Par exemple, Mateo a toujours adoré aller dormir à droite et à gauche. Mais Justine, notre petite fille de 3 ans, a plus de mal avec ça. Elle a plus besoin de ma présence que son frère. Et du coup, je crois que c’est important d’être attentive à leurs besoins particuliers et à s’y adapter.

Par rapport à ton métier, c’est important pour toi d’éduquer tes enfants sur l’écologie ?

Personnellement, je ne me vois pas comme quelqu’un d’extrêmement engagée par rapport à l’écologie. Comme dans beaucoup de familles, je cuisine un maximum de produits frais, j’achète en vrac, je n’utilise pas d’aluminium mais est-ce que c’est vraiment ça la cause écologique ? Par contre, ce sur quoi je suis très engagée, c’est l’entreprenariat durable. Je crois qu’en tant qu’entrepreneur dans l’alimentaire, on ne peut pas produire des choses sans faire le lien avec la nature. Ça passe bien sûr par la manière de produire et donc par le bio mais également par l’importance de s’approvisionner en circuit court par exemple. La rémunération juste des producteurs est aussi primordiale pour moi. Je crois que c’est tout aussi important d’apprendre à nos enfants l’importance de l’écologie que le respect de l’humain. Je suis très fière de créer de l’emploi durable car c’est une manière de contribuer au système social de notre pays. Et puis, je valorise beaucoup le travail quand j’en parle à mes enfants. Je ne peux pas partir de chez moi le soir à 17h et en les laissant penser « maman va encore travailler, j’aimerais tellement rester avec elle ». Je leur dis des choses positives, je leur explique pourquoi j’aime mon travail et que je leur ramènerai un bon petit plat. Je parle beaucoup du boulot à la maison bien sûr mais je crois que ça leur apprend des choses. Je veux qu’ils aient cette curiosité par rapport au monde qui les entoure et que le travail soit synonyme de passion.

C’est quoi le plus dur dans ton rôle de maman ?

Se garder du temps pour soi. De rester une femme épanouie sans la casquette de mère, d’épouse ou de chef d’entreprise. Je pense que c’est fondamental. Je pense y arriver même si je pourrais prêter plus d’attention à certaines choses. Par exemple, prendre plus soin de mes amitiés.

Quelle valeur tu voudrais transmettre à tes enfants ?

De prendre du plaisir dans tout, de faire les choses avec le cœur. Et que le jour, où ils n’auront plus le cœur à faire quelque chose, qu’ils changent de projet, de vie, d’aventure. Je crois que quand on fait les choses avec plaisir, on est plus heureux. Peu importe de quoi il s’agit.