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Sophie. Quand les enfants deviennent adultes

En quoi élever des enfants il y a 20 ans est-il différent d’aujourd’hui ? Y-avait-il plus ou moins de pression ? Sophie a élevé deux garçons qui sont maintenant de jeunes adultes. Fusionnelle, maman poule, elle se prépare petit à petit à les voir quitter bientôt le nid. Si elle appréhende un peu ce départ, elle se réinvente aussi autrement, en tant que femme.

Sophie, mariée, 2 enfants, Martin 24 ans et Baptiste 21 ans, styliste et bloggueuse culinaire

Quel genre de petite fille étais-tu ?

J’étais une petite fille très nature. Les pieds dans l’herbe à jouer avec les fourmis. Je cueillais des fleurs et je faisais de la soupe pour mes poupées (rires).

Dans quel genre de famille as-tu grandi ?

Ma maman était mère célibataire puisque mon père est parti quand j’avais 18 mois.  Je passais beaucoup de temps chez mes grands-parents dans leur maison de campagne. J’aidais mon grand-père au potager et je cuisinais avec ma grand-mère. C’est ce qui explique qu’aujourd’hui encore, je suis très proche d’elle. Je ne serais pas qui je suis, sans eux. Ils m’ont apportée la stabilité et ils ont été mon pilier. Ils m’ont transmis les valeurs que j’ai transmises à mon tour à mes enfants.

Tes grossesses, tu dirais que c’était plutôt « bienvenu au paradis » ou « mon dieu quel enfer » ?

Le paradis ! J’étais très jeune. J’avais 23 ans. On venait de se marier et j’ai tout de suite arrêté la pilule. Martin est arrivé quelques mois plus tard comme une bombe. Du coup, je dirais que c’était plutôt le paradis. J’étais heureuse et insouciante. Fonder un foyer et recréer une famille était mon vœu le plus cher. De manière générale, je dirais que mes grossesses se sont bien passées. J’adorais être enceinte. Les accouchements par contre ont été plus compliqués. Les deux fois j’ai été provoquée parce qu’ils ne voulaient pas sortir. Au moment d’accoucher de Martin, j’ai été prise d’un énorme stress quand je me suis rendue compte qu’il allait devoir sortir (sourire). Je déteste les hôpitaux et tout ce qui est médical de manière générale. Je ne supporte pas la vue du sang. Pour l’anecdote, sur les fiches à remplir pour mes enfants, je mettais « en cas de présence de sang, contacter d’abord le papa » (rires). Dans ses premiers jours de vie, Martin pleurait beaucoup. Et en fait, on ne s’était pas rendu compte qu’il avait une petite blessure à la tête car il portait toujours son petit bonnet de naissance. Du coup, quand je l’allaitais c’était très compliqué et je n’ai pas eu envie de poursuivre même après qu’il ait été guéri. Entre mes deux grossesses, j’ai fait une fausse-couche et Baptiste est arrivé juste après. Peut-être un peu trop vite car du coup j’ai dû rester en début de grossesse alitée pour éviter tout risque suite à ma fausse couche. Mais en dehors de ça tout s’est bien passé. Il n’y a pas eu de problème à l’accouchement.

Est-ce que tu as ressenti une pression par rapport à ta décision de ne pas allaiter ?

Non car je n’ai pas vraiment décidé d’arrêter d’allaiter. J’ai très vite eu beaucoup de crevasses et la petite blessure de Martin a précipité l’arrêt de l’allaitement. Et finalement, je dois avouer qu’allaiter n’était pas dans mon ADN. Je n’ai jamais eu l’impression qu’il fallait allaiter pour aimer un enfant. Il y a 24 ans quand j’ai accouché, le congé allaitement venait d’être décidé. Et il y avait déjà pas mal de pression de la société par rapport au fait qu’il fallait allaiter son enfant pour être une bonne mère. Personnellement je pense que c’est une décision très personnelle et je crois sincèrement que j’ai pu donner autant d’amour à mes fils qu’une autre mère qui aurait allaiter. Je crois qu’on surévalue l’importance de l’allaitement dans la relation mère/enfant. J’ai d’ailleurs trouver ça fantastique de pouvoir partager les biberons avec mon mari. Nourrir nos enfants n’était pas mon exclusivité. Il a pu être tout de suite être très proche d’eux et se sentir pleinement impliqué. Il a pu partager les mêmes moments que moi avec nos fils. Et ça c’était très fort. D’autant plus qu’à l’époque les papas avaient encore moins de jours de congé paternité qu’aujourd’hui. Seulement 3 petits jours. Du coup, ça m’a permis de pouvoir souffler le soir quand il rentrait du travail car il pouvait aussi s’en occuper. Mais quand j’y repense aujourd’hui, j’étais la seule à ne pas avoir allaiter. Toutes mes amies ont allaité. Mes fils ont maintenant 21 et 24 ans et je peux dire que ça n’a en rien diminué l’amour que je leur porte ou altéré la relation forte qu’on a. La relation mère/ enfant se construit sur toute une vie et non pas sur la manière dont on décide de les nourrir dans les premiers mois de leur vie.

J’ai donné autant d’amour à mes fils qu’une mère allaitante. Pour moi, on surévalue l’importance de l’allaitement dans la relation mère/enfant. J’ai trouvé ça fantastique de pouvoir partager les biberons avec mon mari

Est-ce que tu es la mère que tu avais imaginée ?

Je pensais bien que j’allais être une mère poule (sourire) et ça s’est avéré être vrai. Quand on a décidé de fonder notre famille, on avait envie d’une famille un peu à l’ancienne dans ses valeurs. Je veux dire par là qu’on était très jeunes mais qu’on voulait passer beaucoup de temps avec nos enfants. Encore aujourd’hui, on fait beaucoup de choses ensemble. On est très fusionnels à 4. Cet été, on devait même encore partir ensemble alors qu’à priori ils sont grands (rires). Quand ils étaient petits, j’adorais les habiller. J’assortissais leur petit caleçon à leurs chaussettes pour leur apprendre à assortir les couleurs. Et aujourd’hui, je crois qu’ils ont du goût (sourire). Bien manger, bien parler, bien s’habiller, ce sont des valeurs qui étaient importantes pour moi.

Est-ce que tu trouves qu’aujourd’hui les femmes subissent beaucoup de pression par rapport à la maternité ?

Je crois que les femmes se mettent beaucoup de pression par elles-mêmes. Moi, je m’en suis mise énormément parce que je voulais que mes enfants soient bons à l’école, qu’ils jouent de la musique, qu’ils fassent du sport bref qu’ils soient accomplis le mieux possible. Donc je les ai attendus des heures à l’académie de musique, au sport, aux scouts. J’ai essayé d’ouvrir leur esprit un maximum et de leur donner toutes les clés pour réussir leur vie. Mais après on ne peut qu’espérer que tout cela soit suffisant et que ça marche. Je pense que chacune essaye de faire au mieux par rapport à ce qu’elle estime être juste pour elle. Après la famille peut parfois ajouter de la pression Quand j’ai accouché de Martin, on vivait dans la même maison familiale que mes grands-parents. Et mon grand-père ne supportait de voir pleurer le bébé. Du coup au moindre cri, j’étais stressée car j’avais peur qu’il vienne me demander pourquoi le petit pleurait. On n’a pas ressenti cette pression longtemps car on a déménagé et on s’est vite installé dans notre bulle. Je crois vraiment qu’on n’est pas très sensibles à ce genre de commentaires mais peut-être parce qu’on se mettait déjà assez de pression tout seuls.

En quoi élever des enfants aujourd’hui est plus difficile qu’il y a 20 ans ?

Pour la petite anecdote, à l’époque, on s’est sentis obligés d’installer la télé à la maison car tous les enfants à l’école l’avaient. Aujourd’hui ça doit être bien pire pour les parents de suivre avec les smartphones et les tablettes. J’ai l’impression qu’il y a plus de pression du monde extérieur aussi. A l’époque, on laissait nos enfants tous les vendredis à une baby-sitter pour pouvoir faire des choses à deux. Et on ne se sentait pas pour autant coupables.

Est-ce que tu as peur du moment où tes enfants partiront de la maison ?

Qu’ils partent, non car ça fait partie de la vie. Par contre, j’angoisse plus à l’idée de qui va entrer dans notre famille. Avec qui, ils décideront de faire leur vie. Est-ce que ça sera quelqu’un qui partagera nos valeurs et notre vision de la famille. J’ai toujours peur qu’ils rencontrent quelqu’un qui pourrait les « extraire » de la famille. Mais on n’a plus de prise là-dessus. On les a éduqué. On a géré tant qu’on pouvait l’école, les copains. On espère toujours qu’ils ne feront pas les mauvais choix et qu’ils choisiront la bonne personne. Mais maintenant ils font leurs propres choix. Je panique aussi à l’idée qu’ils pourraient me dire qu’ils partent vivre à l’autre bout du monde (sourire). Ça me dérangerait que si un jour ils ont des enfants que je sois une « grand-mère Skype ». Puis j’espère qu’ils seront bien accueillis dans leur belle-famille. Des craintes ont en a toujours quand on a des enfants. Elles évoluent juste avec le temps. Nous, on est là pour leur apprendre à leur affronter la vie.

Comment tu envisages aujourd’hui ta vie de femme maintenant que ta vie de mère est moins prenante ?

J’espère que ma famille va s’agrandir mais je sais que par la force des choses, le côté fusionnel qu’on a tous ensemble va s’amoindrir dans les mois, les années à venir. Ça fait déjà quelques années qu’ils passent moins de temps avec nous et du coup ça nous permet de passer plus de temps en amoureux et de faire des projets à deux. On part régulièrement faire de longues balades à vélo à deux. On se réinvente en tant que couple. Et tout se fait finalement assez naturellement. Mais pour autant je ‘essaye de ne pas trop penser à ce moment où ils partiront.