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Delphine et Xavier. Une équipe qui gagne

Quand Delphine est devenue maman pour la première fois, elle a su qu’elle ne pourrait plus continuer sa vie comme avant. Mais il lui a fallu une deuxième grossesse pour oser se lancer et réaliser son rêve professionnel. Xavier a toujours voulu être papa mais il ne savait combien ses enfants allaient lui apprendre de choses sur la vie et sur lui-même. Ensemble, ils forment une équipe soudée et aimante prête à tout affronter. Voici la première histoire de parents.

Delphine, 37 ans, consultante en RH et thérapeute en soins holistiques et Xavier, 37 ans, consultant et coach en reconversion professionnelle, en couple, 3 enfants, Garance 6 ans, Achille 4 ½ ans et Arsène 19 mois.

Quel genre d’enfant étiez-vous ?

(Delphine) J’étais une enfant curieuse, avenante et très joyeuse. J’allais beaucoup vers les autres et je faisais preuve de beaucoup d’empathie. Je crois d’ailleurs que ça ne m’a pas toujours rendu service car je pensais d’abord au bien-être des autres et le mien passait à la trappe.

(Xavier) J’étais un enfant très énergique, qui tournait tout sur le ton de l’humour. Je faisais beaucoup le pitre. Par la suite je me suis rendu compte que les gens ne me connaissaient finalement pas très bien car je laissais transparaître peu de choses. J’ai très vite été un « enfant-adulte ». Je crois que je n’ai pas eu une enfance pendant laquelle j’ai pu faire tout ce que les enfants ont la chance de faire. Mais ça je me le dis maintenant, en voyant la vie de nos enfants par exemple.

Dans quel genre de famille avez-vous grandi ?

(Xavier) Mes parents ont divorcé quand j’avais 9 ans. Très vite, j’ai compris que du côté de ma mère, la situation n’était pas top et j’ai préféré rester avec mon père. J’ai eu le meilleur papa de la terre car il a assumé le rôle des deux parents. Pendant très longtemps, grâce à lui, je ne me suis pas posé la question de « tiens pourquoi je n’ai pas de maman ? ». On a vécu à deux pendant 12 ou 13 ans car il n’a pas eu d’amoureuse avant que moi-même je ne me case (sourire). Par la force des choses, j’ai grandi beaucoup plus vite que les autres enfants. Mon père était tout de même toujours très stressé par l’argent et plus généralement par le monde. Il avait une vision de la société plutôt négative et je le ressentais assez fort. J’essayais de masquer ces sentiments grâce à l’humour.

(Delphine) Moi, j’ai une enfance très insouciante. Mes parents s’aimaient et nous aimaient beaucoup, même s’ils n’étaient pas spécialement démonstratifs. Je suis la dernière d’une fratrie de 4 enfants et j’ai donc été très vite autonome. J’ai eu une enfance sans soucis et j’ai pu faire énormément de choses. Mes parents me faisaient vraiment confiance. Ma maman, comme de nombreuses femmes à l’époque a choisi d’être femme au foyer. Je crois que quand on a quitté la maison, elle a quelque part perdu son identité. Mon père était très aimant et très patient. Il était pour moi parfaitement imparfait. Je l’ai perdu à 16 ans et je me suis sentie grandir à ce moment-là. Pendant quelques années, je me suis rendue compte que j’étais un peu en décalage avec les amis de mon âge. Mais quelque part, je suis contente d’avoir vécu tout ça car ça me permet d’être qui je suis aujourd’hui.

Vous pensez reproduire l’éducation que vous avez reçue ou vous êtes plutôt totalement en opposition avec celle-ci ?

(Xavier) Mon père m’a tout de même élevé « à la dure ». De temps en temps, inévitablement le ton montait.  Les soucis financiers étaient difficiles à vivre. Par exemple, quand on allait au magasin je ne pouvais pas avoir ce que je voulais. Aujourd’hui avec nos enfants, c’est différent. S’ils ont besoin d’un truc, on ne va pas attendre 6 mois pour leur acheter. On a une super belle vie. Parfois ça m’ennuie un peu qu’ils aient les choses aussi facilement et je me demande comment leur apprendre la valeur de l’argent. Après je crois que ça dépend surtout de comment tu leur donnes ces choses. L’autre point par rapport à ma propre enfance, c’est qu’on m’a appris que parfois il faut gueuler un bon coup ou mettre une petite fessée, pour se faire entendre. Mais je me rends compte que dans ces moments-là, les enfants comprennent que tu ne maitrises plus la situation et ils peuvent d’une certaine manière s’en servir. J’en discute alors avec eux et je leur explique que je ne suis pas parfait. Un point qui est important pour nous, c’est qu’on est sûr qu’on fera plein d’erreurs en tant que parent. Mais la principale différence avec nos propres parents, c’est qu’on pourra regarder nos enfants et leur dire « j’ai merdé, pardon ». Pour le reste, je crois que l’éducation que je leur donne est totalement différente de celle que j’ai reçue. L’idée n’est même pas de me rebeller contre tout ça mais les peurs que j’ai ressenties ne m’ont pas aidé dans ma vie. Je ne veux pas que mes enfants aient peur du monde.

(Delphine) La question est difficile.Comme j’ai perdu mon père à l’âge où on commence à comprendre l’éducation qu’on nous donne et à en avoir des souvenirs, c’est compliqué de savoir ce que j’aurais pu reprendre ou pas. Mais quelque part, je crois que j’aurais peur de reproduire les mêmes choses que ma mère. Mes enfants peuvent compter sur et je n’attends rien en retour. Je veux les soutenir dans leur autonomie, les aider à déployer leurs ailes. C’est important pour moi de les soutenir dans ce qu’ils entreprennent et de les féliciter quand ils réussissent. Pour moi, mes enfants ne me doivent pas le respect. Je dois mériter ce respect ! Nous vivons sur un pied d’égalité. Et toutes ces valeurs ne m’ont pas été transmises. Du coup, je considère simplement mon éducation comme une expérience de vie. Je n’ai pas besoin de me rebeller car je choisis ce que je souhaite garder, peaufiner ou faire évoluer.

Je crois qu’il n’y a pas de hasard : la vie m’a permis de vivre trois accouchements et 3 grossesses différentes pour pouvoir moi-même personnellement en tirer profit.

La grossesse c’était « bienvenue au paradis » ou « mon dieu quel enfer » ?

(Delphine) La première grossesse s’est fait attendre puisque je ne suis tombée enceinte qu’au bout de 3 ans à l’aide d’un petit coup de pouce. Garance est née grâce à une insémination artificielle. Pour chaque grossesse, les trois premiers mois ont été difficiles et j’avais des idées très noires au point que je pensais que ça pouvait s’arrêter là et que ça n’aurait pas été un problème. Puis une fois cette période passée, tout allait pour le mieux. Pour ma première grossesse, je me suis sentie tellement bien, passé ces premiers mois que je n’avais pas du tout envie d’accoucher. J’aurais pu rester enceinte longtemps. J’ai d’ailleurs été provoquée à 42 semaines. L’accouchement a été compliqué mais ça m’a ensuite permis de me poser beaucoup de questions importantes sur la douleur et sur comment l’accompagner. Après l’accouchement de Garance, j’ai commencé à me poser beaucoup de questions professionnelles. Quand je suis retournée travailler, tous les deux jours, j’étais aux toilettes en pleurs car ce boulot n’avait plus de sens pour moi. Je me suis alors inscrite à une formation ésotérique. C’était un domaine nouveau pour moi, je n’y connaissais pas grand chose. C’était un peu perché mais ça m’a totalement captivée. Après cette formation, j’ai été mise en burnout. Heureusement, je n’étais pas encore en épuisement total. Je suis tombée alors enceinte de notre deuxième enfant, Achille sans crier gare. C’était une époque très chargée pour moi émotionnellement et du coup c’était plus compliqué que pour Garance. Du coup, je ressentais pas mal de culpabilité de ne pas réussir à me réjouir autant. Mais j’ai fini par relativiser et me dire que s’il était arrivé à ce moment-là, c’est qu’il était peut-être venu chercher cette expérience de vie (rires). Mais ça n’a pas pour autant faciliter les choses. Xavier a également perdu son papa pendant cette grossesse. Pour l’accouchement d’Achille comme pour Garance d’ailleurs, j’ai fait une dystocie c’est à dire que j’arrivais à une ouverture de 3 cm et puis plus rien, je restais bloquée là pendant des heures. On a donc dû m’injecter de l’ocytocine de synthèse, ce qui a pour conséquence de rendre les contractions beaucoup plus douloureuses. Ce fut une nouvelle déception car je n’ai pas pu accoucher de manière physiologique. Après la naissance de notre fils, j’ai continué à me poser pas mal de questions sur le sens de ma vie. Pendant cette période, je ne travaillais pas mais je me formais beaucoup. Quelques temps plus tard, nous avons déménagé et là j’ai décidé de me lancer en tant que thérapeute holistique. A cette même époque, j’ai perdu des jumeaux à 13 semaines et peu après, je suis tombée enceinte d’Arsène. J’ai été suivie par une sage-femme que jamais que je n’aurais pu choisir pour une première grossesse car elle était pour ma sensibilité, très cash. Mais là, grâce à elle j’ai pu me connecter à ma force de lionne et elle a pu m’accompagner dans ce premier accouchement physiologique. Je n’aurais jamais cru qu’après deux grossesses, j’aurais pu vivre cet accouchement de cette façon. C’était génial. Un kiff total ! Je suis heureuse d’avoir eu trois grossesses, trois accouchements et trois accompagnements différents. Ça me permet aujourd’hui de moi-même pouvoir accompagner au mieux mes patientes. Je crois qu’il n’y a pas de hasard : la vie m’a permis de vivre ces expériences pour pouvoir moi-même personnellement en tirer profit.

(Xavier) Depuis toujours je sais que je veux des enfants. Je crois que tout ce qu’on accomplit sert à être transmis à quelqu’un. Au moment, où on a décidé d’essayer d’avoir notre premier enfant, j’avais le job de mes rêves. Je bossais pour une toute grosse boite et j’avais une superbe voiture. Ma carrière était à ce moment-là très importante pour moi. Mon but était de devenir un golden boy. Mais en terme de stress, ça correspond aussi à la pire période de ma vie. On a mis longtemps à avoir notre premier enfant et on a vécu plusieurs fausses couches. On parle très peu de ça mais une grossesse sur quatre se termine par une fausse couche. C’est très dur à vivre. Après ça, à chaque grossesse, on avait la peur au ventre. Mais quand Garance est arrivée, ça a été le paradis pour nous. Je me suis tout de suite sentie papa. Tout était naturel. Ça a été un choc émotionnel. Je ne pense pas que je pourrais accoucher tellement ça a l’air d’être intense. Il n’y a que les femmes qui soient capables d’une telle force. De mon côté, ce qui a été le plus dur pour moi en devenant papa c’est de perdre la spontanéité de notre vie d’avant. Pas possible d’aller au resto sur un coup de tête. J’ai trouvé ça dur même si c’est vite passé. Achille est arrivé 18 mois plus tard. Mon père est décédé un peu avant et c’est la chose la plus triste qu’il me soit arrivée dans la vie. Il n’a pas pu connaître mon fils à deux mois près. J’aurais tellement aimé qu’ils se rencontrent, ne fut-ce qu’une semaine. J’ai vu dans cette naissance et cette mort des connections. Le grand-père qui part et le petit-fils qui arrive. Je me suis beaucoup interrogé sur les connections entre eux. J’ai utilisé la mort de mon père et la naissance d’Achille pour oser me lancer dans plein de choses. L’idée était que tout malheur doit être source d’opportunité. J’ai donc pris un long congé parental de 8 mois pendant lequel j’ai écrit un bouquin en même temps que je m’occupais des enfants. Quand je suis retourné au boulot quelques mois plus tard j’ai démissionné pour me lancer dans autre chose. Pour le troisième, c’était différent car on était rempli de certitudes. On pensait que tout allait être simple parce qu’on savait déjà tout (rires). Et puis dès qu’Arsène est né, il nous a défoncé (rires). Il n’a pas du tout dormi pendant 7 mois et on devenait fous. On a été présomptueux de croire qu’on savait tout. Il est en fait totalement différent de son frère et de sa sœur.

Quand notre fille est arrivée, je me suis tout de suite sentie papa. Ça a été un choc émotionnel. Je ne pense pas que je pourrais accoucher tellement ça a l’air d’être intense. Il n’y a que les femmes qui soient capables d’une telle force

Est-ce que les parents subissent beaucoup de pression selon vous ?

(Xavier) Oui. Mais je crois que même si ça n’est pas facile, il faut oser demander de l’aide et parler. Par exemple, un jour Delphine était à bout par rapport aux problèmes de sommeil d’Arsène et elle a mis un message sur Facebook du genre « je n’en peux plus, qu’est-ce que je peux faire ? ». Et tout a changé grâce à ça. Des gens lui ont laissé des messages en expliquant qu’on pouvait faire appel à des aides à domicile qui viendraient veiller la nuit à notre place pour qu’on puisse dormir. C’est souvent quand on pense que personne ne peut nous aider, qu’il est justement temps de demander de l’aide. Pour garder les enfants, il ne faut pas hésiter à faire appel à ses proches. Nous, il suffit que quelqu’un nous soumette l’idée de les garder pour que leurs valises sont déjà faites (rires). Ça ne veut pas du tout dire qu’on ne les aime pas mais nous, les parents on a besoin de nos bulles d’air. Personnellement, j’ai besoin de m’épanouir en tant que Xavier papa, Xavier mari, Xavier au travail,…et si je ne prends pas soin de chacun d’entre eux, je finis par péter un plomb. Et je crois que beaucoup de gens quand ils deviennent parents se limitent à ce rôle-là et s’oublient. Ce qui engendre beaucoup de frustrations et de regrets. Moi, j’explique à mes enfants qu’ils sont par choix un des éléments prioritaires de ma vie mais qu’ils n’en sont pas le seul.

(Delphine) C’est très bien dit. Je ne pourrais pas le répéter mais je suis tout à fait d’accord (rires).

Qu’est-ce qui est plus dur selon vous dans votre rôle de parent ?

(Xavier) Avoir de la patience pour tout. Mais souvent quand je m’énerve sur eux c’est parce que je suis frustré à d’autres niveaux de ma vie. Parfois, c’est difficile de jouer avec eux alors qu’on n’en a pas envie ou qu’on a d’autres choses à faire. Et dans ces moments-là, je préfère ne pas jouer avec eux que de faire semblant. C’est un peu comme quand je cuisine. Je déteste le day to day. Par contre, quand on me dit aujourd’hui c’est une occasion spéciale, je mets les petits plats dans les grands. Avec les gosses, c’est un peu pareil. Quand je joue avec eux, je le fais à fond. Heureusement, Delphine est meilleure que moi dans le quotidien. Elle gère plus facilement et avec patience les petits moments au jour le jour.

(Delphine) Je dirais aussi que ce n’est pas facile d’avoir toujours de la patience. Après je pense que par rapport à Xavier, je prends moins soin des mes autres « moi ». Je peux plus facilement m’effacer et m’oublier. Mais pour me ressourcer, c’est plus simple. Il me suffit de moments pour moi, seule. Je n’ai pas nécessairement besoin de l’énergie des autres. Et l’autre point avec lequel j’ai beaucoup de mal c’est le désordre et la désorganisation quand on a des enfants. On est constamment face aux imprévus. Les enfants sont plutôt le genre à nous sortir de notre zone de confort. Or de base, je suis une personne qui a besoin d’un temps d’adaptation face à la nouveauté (rires).

(Xavier) De manière générale, être parent c’est génial. Et parfois, tu as juste envie d’être tranquille (rires).

Si vous ne deviez transmettre qu’une valeur à vos enfants, ça serait laquelle ?

(Xavier) Une seule ? ça n’est vraiment pas beaucoup.

(Delphine) Moi, spontanément je dirais l’empathie. Ensuite je pense à la résilience, les 4 accords toltèques : « que ta parole soit impeccable, ne fait pas de supposition, ne prend rien personnellement et fais toujours de ton mieux. Et puis aussi la curiosité, l’écologie, être un être du monde de demain 😉

(Xavier) Je dirais la confiance. En soi, en la vie. Qu’ils n’aient pas à se poser la question de leur légitimité dans ce qu’ils font et qu’ils sachent qu’ils sont au bon endroit peu importe ce qu’ils ont envie d’être. Qu’ils ne laissent pas le monde les faire douter d’eux-mêmes s’ils sont bons dans quelque chose. Et quand ils ne savent pas faire quelque chose qu’ils puissent aussi avoir assez confiance en les autres pour demander de l’aide.

C’est plus rock’n’roll d’être maman ou papa dans le fond ?

(Tous les deux) On est un rock band 😉