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Meggan. Belle-maman avant d’être maman

Meggan, c’est une amoureuse de la vie, une passionnée, qui s’investit à fond dans tout ce qu’elle entreprend. Quand elle rencontre son compagnon, il a déjà un petit garçon et elle se réjouit à l’idée de materner cet enfant. Mais malgré toute l’affection qu’elle va lui donner, elle doit se rendre à l’évidence: la belle-maman et la maman n’occupent pas la même place dans le coeur des enfants. Elle décide alors de fonder sa propre famille pour connaitre enfin les joies de la maternité.
photo : Lindsay Zébier

Meggan, 34 ans, en couple, deux enfants Nell 4 ans et demi et Luan, 1 an et demi, belle-mère de Hugo 13 ans, styliste produits.

Quel genre de petite fille étais-tu ?

Je pense que j’étais une petite fille filoute, un peu canaille avec pas mal de caractère. J’étais très jouette. Quand j’ai dû passer en 1ère primaire, les profs ne voulaient pas me laisser monter car j’étais pour eux trop jouette et ils avaient peur que je ne prenne pas le pli. C’est ma mère qui a dû batailler pour que je puisse entrer en primaire en même temps que les autres.

Dans quel genre de famille as-tu grandi ?

Mes parents ont divorcé quand j’avais 8 ans. Ensemble, ils nous ont eu ma sœur, qui a trois ans de plus que moi et moi. On a habité pendant un temps en Allemagne car mon père était militaire. On vivait en communauté dans des lotissements créés pour les familles des militaires. Ma maman faisait des ménages et adaptait ses horaires pour passer un maximum de temps avec nous. Elle rentrait tous les midis pour qu’on puisse manger ensemble. C’est elle qui venait nous chercher à l’école. Quand on était couchés, parfois elle retournait bosser car elle cumulait plusieurs jobs. Mon papa était également très présent. Il était fort strict et très à cheval sur les horaires. Au divorce de mes parents, on est tous revenus vivre en Belgique. Mon père a refait sa vie et a eu une autre fille qui a dix ans de moins que moi.

Tu penses reproduire cette éducation ou bien être totalement en opposition avec celle-ci ?

J’ai toujours eu un rapport très fort avec ma maman. On était et on est toujours dans un rapport maman-copine. Mais pour autant elle a toujours eu une vraie autorité sur nous. Elle était très câline et très tactile avec nous. Je n’ai jamais eu peur de me confier à elle et encore aujourd’hui je l’ai tous les jours au téléphone. On est vraiment très proches. C’est exactement ce genre de relation que je veux avec mes enfants. Comme elle, je veux prendre le temps de jouer beaucoup avec eux. Après, je pense qu’elle était plus impliquée dans la vie de famille que je ne le suis. Pour moi, mon travail est important et ça n’est pas toujours facile de jongler entre les deux. Mais quoi qu’il arrive j’essaye chaque jour d’avoir des moments avec chacun.

Quel est la différence entre être belle-maman d’un enfant pendant quelques années et puis de devenir à ton tour maman ?

Quand j’ai rencontré Chris, mon compagnon, il était séparé et avait un petit garçon de quatre ans, Hugo. J’avais toujours su que je voulais être maman même avant d’être en couple. Enfant, je disais que j’aurais au moins deux enfants mais pas forcément de mari (rires). Et donc j’ai tout de suite adopté Hugo comme si c’était mon fils. C’était l’occasion pour moi de pouponner et de tester la maternité. J’ai vite trouvé ma place. Je me suis beaucoup impliquée auprès de lui quand il était avec nous à la maison. Je gérais ses devoirs, le bain, les repas,… Avec Christophe, ça nous a rapproché car ça nous a permis de voir qu’on partageait les mêmes valeurs d’éducation. Par contre, par rapport à l’éducation qu’il recevait chez sa maman, ça n’était pas pareil. Ce qui était un peu frustrant, c’est que comme ça n’était pas mon enfant je n’avais jamais le dernier mot et je ne pouvais pas donner l’éducation que j’aurais imaginée. Puis je me suis rendue compte au bout d’un moment que j’avais besoin d’un retour d’amour de cet enfant or Hugo n’est pas du tout un enfant câlin ou tactile car il a le syndrome d’Asperger (ndlr : maladie du spectre autistique). Il a du mal avec les émotions, les gestes tactiles et moi je suis quelqu’un qui à contrario a besoin de toucher et de câliner les gens et plus encore les enfants. En grandissant, Hugo est devenu plus distant et là j’ai compris compte que je n’aurais jamais le retour d’amour que j’attendais de lui, même si j’agissais avec lui comme une deuxième maman. Quand je me suis rendue compte de ça, j’ai commencé à être frustrée de cette relation dans laquelle je donnais beaucoup et je recevais très peu. On a alors décidé avec son papa, d’essayer d’avoir un autre enfant et je suis tombée enceinte de Nel.

Comment a évolué ta relation avec Hugo après la naissance de ton premier enfant ?

On ne peut pas dire que ça n’a rien changé car ça serait mentir. On a fait tout notre possible pour Hugo ne se sente pas mis à l’écart. On a essayé dès ma grossesse de l’impliquer pleinement dans le processus. J’ai appris aussi à faire la part des choses par rapport à mes propres sentiments. Même si parfois j’aurais envie de donner plus de temps à mes enfants, j’essaye d’être égale par rapport aux 3. Je ne peux pas dire que j’y arrive toujours car parfois le côté émotionnel prend le dessus mais avec Christophe, on veille vraiment à ce qu’il ne se sente jamais exclu. D’autant plus qu’il n’est avec nous qu’une semaine sur deux. Quand Nell est née, Hugo a totalement ignoré la présence de sa sœur pendant environ un an. Je pense que c’était dû au fait qu’il trouvait qu’un bébé c’était inintéressant. Il vérifiait systématiquement la semaine où il venait chez nous, qu’elle n’ait pas reçu quelque chose de nouveau. On a du coup toujours veiller à lui réserver ses moments à lui aussi. On lui avait par exemple donner la plus grande chambre. C’est finalement quand Nell a commencé à marcher et à parler, qu’il lui a donné de l’intérêt. Aujourd’hui, il a vraiment trouvé sa place de grand-frère. Il est très protecteur. Alors qu’il a 13 ans et que sa soeur n’en a que 4, il peut passer des heures à jouer avec elle à la trottinette par exemple.

Tes grossesses, tu dirais que c’était bienvenue au paradis ou mon dieu quel enfer ?

L’enfer ! J’ai détesté mes deux grossesses. J’étais très malade, j’ai vomi entre 7 et 10 fois par jour pendant les trois premiers mois. Mais par contre, j’ai adoré mes accouchements. Je suis triste de me dire que je n’accoucherai plus. Alors qu’au départ, l’idée d’accoucher me faisait totalement flipper et j’étais persuadée que j’allais surkiffer la grossesse. Je suis une personne assez orgueilleuse et j’aime bien me convaincre que je peux tout faire. Et enceinte, j’ai eu l’impression d’être affaiblie. Dès 6 mois, j’ai dû me calmer car je contractais beaucoup. C’était véritablement un combat avec moi-même car j’avais envie d’en faire plus pour me prouver que je pouvais encore le faire. Mais malgré tout ça, je ne me suis jamais trouvée aussi belle qu’enceinte !

Je me suis rendue vraiment rendu compte que j’avais la vie de mes enfants entre mes mains et que non seulement je devais les préserver mais en plus je devais leur fournir tout ce qu’il fallait pour qu’ils puissent grandir, s’épanouir et devenir de bonnes personnes

Qu’est-ce qui est le plus dur dans ton rôle de maman ?

De base, je ne suis pas du tout une personne inquiète. Mais il n’y a pas longtemps, Nell a eu un accident assez grave. Elle a fait une chute de très haut. Je ne me suis jamais sentie à ce point angoissée. Je me suis rendue vraiment rendu compte que j’avais la vie de mes enfants entre mes mains et que non seulement je devais les préserver mais en plus je devais leur fournir tout ce qu’il fallait pour qu’ils puissent grandir, s’épanouir et devenir de bonnes personnes avec des valeurs. Je trouve ça très dur de se dire qu’on a toutes ses responsabilités à la fois.

Est-ce que tu penses être la maman que tu avais imaginée ?

Je crois être plutôt en phase avec la maman que j’avais imaginée être. Je pense objectivement être une très bonne maman pour mes enfants. En tout cas, j’y mets tout mon coeur. Je fais certainement des erreurs mais je crois qu’il faut pouvoir se déculpabiliser par rapport à ça. Je pars du principe qu’à partir du moment où tu veux vraiment bien faire et que tu t’en donnes les moyens, c’est que quelque part tu fais bien. Avec le manque de sommeil, cette année, j’avoue avoir littéralement péter un câble par moment. Et je crois que là je n’ai pas été une bonne maman. Mais je ne pouvais pas donner plus car j’étais à bout.

Est-ce que tu trouves que les mamans subissent beaucoup de pressions ?

Je n’ai pas l’impression de subir beaucoup de pression mais je crois que c’est parce que j’arrive bien à faire la part des choses. Au début, quand on devient maman on reçoit beaucoup de conseils. J’ai toujours bien écouté et dit merci mais j’ai aussi pensé qu’au final je ferais ce que je voudrais. Je crois que tu ressens cette pression uniquement si tu laisses les autres penser à ta place. Dès la naissance de Nel, je me disais qu’elle allait me guider. Je me suis toujours dit que je devais me faire confiance et me laisser guider par mes enfants. Je crois qu’on accorde trop d’importance à ce que pense l’extérieur et c’est ça qui nous met réellement la pression. Par contre, je crois qu’il existe une vraie pression par rapport à la charge mentale des femmes. Mais je crois aussi qu’on ne donne pas aux papas les moyens d’assumer leur rôle pleinement. Si on leur donnait un congé parental plus long, ils pourraient prendre plus part aux premiers mois de vie des enfants. Moi-même, je me plains parfois que mon compagnon n’en fait pas assez, mais je pense que j’aime pouvoir gérer le quotidien. Je ne suis pas totalement sure que je serais prête à le laisser totalement faire.

Si tu ne devais que transmettre qu’une seule valeur à tes enfants, laquelle ça serait ?

J’aimerais qu’ils soient vraiment optimistes. Je voudrais qu’ils voient le positif de la vie car je crois que le positif amène le positif. Par exemple avec Nell, je lui demande tous les jours, ce qui lui a le plus plu dans sa journée. C’est le trait de caractère que j’aimerais leur transmettre.