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Marine. Pas d’enfant, et alors ?

Il y a celles pour qui avoir des enfants est une évidence depuis toujours. Et puis, il y a les autres qui imaginent vivre leur vie autrement. Marine fait partie des 13% de femmes qui ne souhaitent pas devenir mère. Comme elle l’explique très sincèrement « ça n’est pas en elle ». Alors même si elle assume ce choix, elle aimerait que les femmes puissent envisager leur épanouissement autrement que par le biais de la maternité obligatoire.
Je ne veux pas d'enfant

Marine, 35 ans, en couple, sans enfant, graphiste indépendante

Quel genre de petite fille étais-tu ?

J’ai une mauvaise mémoire mais j’ai de très chouettes souvenirs de mon enfance. J’étais une enfant plutôt paisible et joyeuse. J’ai eu une enfance pleine de soleil et très protégée, je dirais. J’ai juste eu des soucis d’apprentissage à l’école. Mais en dehors de ça, j’étais plutôt bien dans mes baskets. 

Dans quel genre de famille as-tu grandi ?

J’ai deux sœurs et on était très rapprochées en âge. Du coup, on était très proches et on jouait beaucoup ensemble. J’ai grandi dans une famille très classique dans sa structure. Mon père était journaliste indépendant et ma mère, même si elle a un peu travaillé quand on était petites, était mère au foyer. Mes parents se sont toujours dit plus modernes qu’ils ne l’étaient vraiment dans leur fonctionnement. Ils le sont d’une certaine manière par rapport à leur milieu et à leur génération car ils sont très ouverts d’esprit. Ma mère était plutôt la figure d’autorité à la maison. Mon père insistait toujours sur le fait qu’il faisait vraiment tout à la maison, les courses, le repas, le ménage…sauf le repassage (rires). C’était sa limite, comme s’il devait y avoir une limite. Mais il était assez fier parce qu’il nous achetait même nos tampax quand on était ados (rires). Ma mère faisait la cuisine la semaine et lui le week-end. Mais de manière générale, c’était mon père qui travaillait et ma mère qui nous amenait à toutes nos activités le mercredi après-midi, qui allait nous conduire et nous chercher à l’école. C’est elle aussi qui m’a beaucoup aidé pour l’école car j’avais énormément de problèmes d’apprentissage. Je lui dois beaucoup car elle avait la patience tous les jours de me suivre. Elle a dû m’aider pour mes devoirs jusque très tard. Du coup, c’était son boulot full-time à elle : nous élever. Mes parents étaient assez classiques avec une grosse pointe de modernité. Ils étaient très unis dans les décisions qu’ils prenaient nous concernant. J’ai mis très longtemps en fait à me poser des questions sur le fonctionnement de mes parents et sur les différences qu’il pouvait y avoir entre eux dans le fonctionnement de la famille.

Aujourd’hui que tu es adulte, quelle image as-tu de la femme au foyer ? 

De manière générale, j’en suis convaincue, être femme au foyer c’est un métier fondamental et ça devrait être rémunéré. C’est un boulot comme un autre. Si c’était reconnu en tant que tel, ça serait génial car cela voudrait dire que tous les parents qui le souhaitent pourraient être parent au foyer et ça serait un plus pour la société. Si je ne dois parler que de ma mère, elle a été fondamentale dans mon développement personnel. Si elle n’avait été avec moi tous les jours à me suivre et à m’aider, je n’aurais pas pu faire les études que je voulais et je ne ferais pas le job que j’aime aujourd’hui. Ma mère avait fait des études de secrétariat. Elle a travaillé quelques années en tant que secrétaire et je suis persuadée qu’elle devait faire très bien son métier. Après ça n’était pas une vocation non plus. Elle n’est pas d’une nature révolutionnaire et je pense qu’elle a dû accepter la situation sans souffrance. Elle a toujours été très occupée et s’est investi dans beaucoup de choses. C’est quelqu’un qui a toujours trouvé l’intérêt dans plein de choses, qui lit beaucoup. Du coup, je ne pense pas qu’elle ait eu des frustrations de vivre sa vie de cette manière. Mais en fait ce sont mes suppositions, je ne lui ai jamais demandé. Après j’ai un regard différent sur mes grands-mères qui elles aussi étaient femmes au foyer. Mes sœurs et moi sommes la première génération de femmes à travailler. Ma grand-mère maternelle n’aurait jamais dû se marier ou avoir d’enfant. Je l’aurais bien imaginée bosser dans la bourse. Ma grand-mère paternelle, d’après ce que je comprends et de ce qu’on m’a raconté, a très mal vécue sa situation et était dépressive et même violente avec ses enfants. J’ai l’impression que toutes les deux sont passées à côté de leur vie car elles n’avaient pas le choix. Je trouve ça très dur et très injuste.

Est-ce que tu as l’impression que ton choix de ne pas avoir d’enfant a été influencé par la vie de ces femmes ?

Oui quelque part je pense que ma décision a pu en partie être influencée par tout ça. J’ai grandi dans une famille où mes oncles et mes tantes sont tous des hétérosexuels qui se sont mariés dans la vingtaine, ont eu des enfants et pour beaucoup resteront ensemble jusqu’au bout. Pendant très longtemps, j’ai pensé que j’aurais la même vie que mes parents, que j’allais vivre en miroir d’eux. Ça n’était pas quelque chose de réfléchi, c’était ancré en moi. Mais je suis très fort mes instincts et globalement quand j’ai envie de faire quelque chose je le fais. Et du coup au fur et à mesure de ma vie je me suis souvent dit « tiens, c’est marrant, ça n’est pas comme eux ». Ça n’était pas vraiment une lutte pour faire autrement qu’eux. Ça s’est fait naturellement. Je suppose que ces croyances étaient des restes un peu naïfs de l’enfance où on se dit « quand on est grand, on est comme ça ». Après pendant de nombreuses années, je suis restée célibataire et peut-être que de manière inconsciente je gardais à l’écart les autres pour ne pas justement reproduire la vie des femmes de ma famille. Mes parents m’ont mis une grosse pression pour avoir des petits-enfants. Et ça, ça a été dur à vivre. Je me disais que je ne pouvais pas leur faire ça. Ça me faisait mal au moment même mais ça n’est pas pour autant que ça a influencé mon choix d’une manière ou d’une autre. Je crois qu’il y avait une forme d’instinct dans tout cela, il n’y a jamais eu rien d’intellectualisé à l’époque. Puis je crois que mes parents nous ont élevée pour créer notre propre vie pas pour suivre leurs envies. Mais ça n’est qu’aujourd’hui que j’ai cette lecture.

Quel est le cheminement qui a fait qu’à un moment, tu as été sûre que tu ne voulais pas d’enfant ?

Il y a eu plusieurs choses, mais je ne peux pas parler d’une décision. C’est quelque chose qui s’est imposé petit à petit. C’est un ressenti de l’ordre instinctif. Jeune adulte, la notion d’avoir un groupe familial autour de moi était vraiment importante. Je pensais que j’aurais 5 enfants mais par contre je n’imaginais pas les éduquer (rires). Je voyais ça comme quelque chose de lointain et je disais toujours « pas avant 30 ans ». Puis comme pendant longtemps, je n’ai pas eu de mec, la question ne s’est pas vraiment posée. Ça n’est que quand j’ai passé le cap des 30 ans que j’ai commencé à me demander où j’en étais par rapport à la question des enfants. Je me questionnais beaucoup et la pression familiale (et sociale) est devenue plus difficile à vivre encore à ce sujet. Je pense que mes parents ne s’en rendaient pas compte bien sûr mais j’ai eu des périodes où je me disais que j’allais faire un enfant pour eux, pour les rendre heureux. La pire des raisons pour devenir parent évidemment ! Puis il y a deux ans et demi, j’ai rencontré mon compagnon actuel Diego, qui est papa d’un petit garçon, Léon.

Comment tu vis ton rôle de belle-mère ?

Je ne me vois pas du tout comme sa deuxième maman. Je ne suis pas son parent et je n’ai pas la responsabilité de ce rôle. Je vois cette relation de personne à personne. Il a son espace, j’ai le mien. On fait des choses ensemble si on en a envie. Si à un moment, je suis fatiguée et que je n’ai pas envie, je peux partir. Je crois que l’un comme l’autre, on est respectueux de ce que moi je peux donner et de ce dont lui a envie. C’est important car je ne veux pas me forcer non plus. Ça arrive que je sois seule avec lui et je n’ai aucun problème avec ça. Je vois Diego et Léon comme un tout. Ils ne sont pas dissociables l’un de l’autre et ça se passe plutôt bien. Je ne nie pas l’influence que je peux avoir sur Léon même si je ne suis pas son parent. Ce qui nous lie, c’est autre chose. J’éprouve une forme d’amour pour lui qui pour moi est lié à l’amour que je ressens pour son père. On s’apprivoise et comme tout autre être humain avec qui je pourrais développer une relation, je développe des sentiments bien sûr. Il a des qualités et des défauts comme tout le monde et on a su trouver nos atomes crochus. C’est un très chouette gamin et c’est gai de le voir grandir et évoluer. Son bien-être dans les grandes questions passe avant le mien c’est sûr. Sa relation avec son père passe aussi avant notre relation. Je veux le protéger c’est évident car je suis comme ça. J’ai un côté très protecteur depuis toujours avec mes proches. Même si je ne suis pas spécialement tactile, je m’inquiète facilement pour eux. Mais je ne crois pas que tout ça soient des sentiments d’amour maternel. 

Ta relation avec Diego, a-t-elle influencé à un moment ton désir d’enfant ?

Tant que je n’étais pas en couple avec Diego, c’était compliqué de trouver des réponses par rapport à mon désir de fonder une famille ou non. Mais quand je l’ai rencontré, très vite j’ai voulu être claire avec lui. C’était important pour moi de tout lui dire sur mes doutes. A un moment de notre relation, j’ai eu une envie de créer un petit être qui serait un peu de lui et un peu de moi. Je crois que c’est un passage amoureux normal dans un couple. Puis aussi le fait de le découvrir lui très paternel. C’est un père génial avec son fils. Du coup, l’image de lui avec un bébé me faisait un peu fantasmer et on a un peu parlé du fait de pouvoir avoir un jour un enfant. A un moment, je me suis même dit que lui gérait tellement bien qu’il pourrait s’en occuper à 99% et moi je gérerais le 1% restant (rires). Mais ça aurai été malhonnête car je m’implique en général totalement dans ce que je fais. Puis après ça a été mon cheminement à moi, seule. Un jour j’ai lu un livre qui m’a chamboulée. Il s’agit de « Sorcières, la puissance invaincue des femmes » de Mona Chollet. C’est un essai dans lequel chaque chapitre évoque une injonction féminine et un d’entre eux parle du fait de pas avoir d’enfant. L’autrice elle-même n’en a pas. Et pendant toute la lecture du chapitre j’étais alignée avec sa pensée. Je ne sais plus comment c’est amené, mais elle explique qu’en général si une femme n’a pas d’enfant alors, dans l’esprit général, elle doit être une business woman hyper investie dans son travail ou une autrice prolifique qui met toute son énergie dans sa création etc. Que la société nous dit que si tu ne fais pas d’enfant, il faudra alors replacer le temps et l’énergie que l’éducation de ceux-ci t’auraient pris dans une oeuvre importante. Que ce soit un sacrifice utile en somme. Et Mona Chollet déconstruit ça, elle explique que ce n’est pas un sacrifice et que si on n’a pas d’enfant il n’y a aucune pression à faire quelque chose de cette « liberté ».  Lire ça, m’a libéré d’une grosse pression que je me mettais à moi-même mais en même temps ça m’a beaucoup perturbée car à l’époque je ne n’étais pas encore sûre que je ne voulais pas d’enfant. J’avais très peur de m’avouer cette réflexion. J’étais terrifiée par cette idée. J’avais déjà discuté de cette peur avec ma psy qui m’avait expliqué que souvent quand on a peur de quelque chose, c’est qu’on en a envie. J’y ai repensé et j’ai pu formuler que si j’avais peur de ne pas vouloir d’enfant c’est parce que je ne voulais en réalité pas avoir d’enfant. Ce moment a été très fort et libérateur. J’ai compris que ça n’était pas en moi, que le désir d’enfant ne faisait pas partie de moi au même titre que d’autres n’imaginent pas pouvoir s’accomplir autrement. J’ai pu me projeter et m’imaginer vieille et sans enfant, de manière très positive. Après bien sûr, je suis toujours en âge de procréer et donc je ne peux pas être sure à 100% que je ne changerai pas d’avis. Mais je sais que c’est un ressenti extrêmement fort. Je me sens tellement en paix avec cette idée aujourd’hui que je ne vois pas ce qui pourrait me faire changer d’avis.

Je trouve ça dommage qu’on n’explique jamais aux petites filles que si plus tard elles ne veulent pas avoir d’enfant, c’est ok. Tout ça rend les choses très douloureuses.

Est-ce qu’on peut dire au vu de ton expérience que ne pas vouloir avoir d’enfant ne s’explique pas réellement ?

En tout cas, moi c’est comme ça que je le ressens. Certainement que le fait de ne pas vouloir être mère se vit d’une personne à l’autre de manière différente. Mais moi, c’est de l’ordre du ressenti en grosse partie. Je pourrais y ajouter toutes les raisons possibles comme une envie de liberté, d’autonomie, de ne pas vouloir être enceinte et quelque part ce sont des raisons contre lesquelles je me suis battue auparavant. Mais je crois sincèrement que si je voulais vraiment un enfant j’aurais pu sacrifier ces choses sans soucis. Je pense que j’aurais été une mère qui aurait tout donner à son enfant. Je n’aurais été ni meilleure ni moins bonne qu’une autre mais j’aurais été impliquée à 1000%. Mais ça n’est tout simplement pas en moi. Je trouve ça dommage qu’on n’explique jamais aux petites filles que si plus tard elles ne veulent pas avoir d’enfant, c’est ok. Tout ça rend les choses très douloureuses quand c’est ton cas. L’image de la vieille fille qui va finir seule avec ses chats est très ancrée. Pour personne, ça n’est un schéma envisageable car ça n’est pas ce qu’on nous apprend. Les gens ont besoin de se projeter et du coup luttent avec des raisons rationnelles qui poussent à ne pas vouloir être mère. Quelque part, je suis heureuse de ne pas avoir été en couple à 20 ans car je pense que je n’aurais pas eu la maturité pour me poser toutes ces questions. J’aurais certainement fait des enfants. Je ne dis pas que je l’aurais regretté ou que ma vie aurait été moins bien mais en tout cas, ça aurait été beaucoup moins aligné avec la personne que je suis.