Toutes les histoires

Vanessa. Rêver d’un autre monde

Vanessa. Rêver d’un autre monde

Devenir maman pour enfin se connaître. C’est ce qu’a vécu Vanessa quand elle a accouché la première fois. A la naissance de son premier enfant, elle se laisse guider par son bébé et découvre petit à petit qui elle est. Elle se sent un peu en décalage avec certains parents et se questionne beaucoup sur ce qui rend vraiment les enfants heureux. Quelques années plus tard, peu après la naissance de son deuxième enfant, elle fait le choix osé de déscolariser ses fils pour leur offrir la chance de découvrir le monde autrement.

Vanessa, 41 ans, coach parental et gère « Femmes aux plurielles  » (cercles de femmes), mariée, 2 enfants Théo 8 ans et Jules 6 ans.

Quel genre de petite fille étais-tu ?

J’étais une enfant très sage, curieuse et sensible mais pas très heureuse. Je me sentais assez différente des autres. Même au sein de ma propre fratrie, je me sentais différente de mon frère et ma sœur. Je pense que comme j’étais extrêmement gentille, je n’étais pas trop respectée et je passais plutôt inaperçue. J’essayais tant bien que mal d’exister mais tout était assez dur pour moi. J’étais mal dans ma peau.

Tu as grandi dans quel genre de famille ?

Ma mère était maman au foyer et mon père travaillait beaucoup. J’ai grandi dans une famille où les rapports étaient compliqués. Je suis certaine qu’ils ont qu’ils ont fait de leu mieux mais il m’a manqué beaucoup de choses essentielles à mon épanouissement de petite fille.

Tu penses que tu reproduis l’éducation que tu as reçue ou tu es plutôt totalement en opposition avec celle-ci ?

 Je crois que même si j’ai vécu une enfance difficile, il m’a fallu devenir maman pour me rendre compte de la tâche qui m’attendait dans la réparation de moi-même. Bien sûr que je voulais totalement autre chose pour mes enfants. Mais je ne pensais pas que ça serait si compliqué de devenir maman. Ça a fait remonter en moi beaucoup d’émotions comme la colère mais aussi la joie et surtout un amour immense. Je ne mesurais pas l’impact de cette enfance compliquée jusqu’à moi-même devenir maman. Je ne me rendais pas compte combien mes besoins les plus primaires avaient été niés et d’à quel point cela allait influencer ma future famille et l’éducation que j’allais donner à mes fils. Ce sont eux qui m’aident à grandir et à travailler sur mes blessures. J’apprends et je comprends les choses au fur et à mesure qu’ils grandissent. Je n’ai pas reçu d’amour inconditionnel de mes parents. Ils ont certainement fait du mieux qu’ils pouvaient mais ça ne me nourrissait pas. Moi en tant que maman, j’aime mes enfants de manière inconditionnelle c’est-à-dire que peu importe qui ils sont, je les aimerai quoi qu’il arrive. Nous pratiquons l’éduction bienveillante, c’est à dire que nous accueillons leurs émotions et respectons leurs besoins. J’essaye de toujours respecter leur personnalité et de les accompagner au mieux. Je me place d’égal à égal avec eux dans le respect de tout leur être. Une des paroles de mes enfants qui m’a le plus touchée est quand Théo m’a un jour demandé alors qu’il avait 7 ans: « Comment tu peux nous donner autant d’amour alors que tu n’en as pas reçu ». ça m’a bouleversée. C’est fou comme les enfants ressentent les choses et comprennent ce qu’est la résilience.

Tu as décidé de déscolariser tes enfants. Quel cheminement tu as eu pour arriver à cette décision ?

Quand j’ai accouché la première fois, c’est comme si je m’étais enfin connectée à moi-même. J’ai découvert qui j’étais vraiment et j’ai appris à écouter mes intuitions. Au début, ça a pris du temps, parce que je manquais de confiance en moi en tant que jeune maman. Dès la maternité, je me suis sentie incomprise et peu soutenue. Il y a 8 ans, on parlait moins des bienfaits du maternage proximal or pour moi, c’était une évidence. Mes deux enfants n’ont pas été à la crèche mais Théo, mon grand, a bien été en maternelle. C’était une période très difficile autant pour lui que pour moi. Il n’avait jamais envie d’y aller et il était très malheureux. Il y avait pas mal de punitions et d’injustice, très peu de bienveillance et il le vivait très mal. C’est quelque part le propre de l’école bien sûr mais il fallait absolument rentrer dans le moule. Leurs besoins, leurs envies n’étaient pas du tout respectées. Suite à cette expérience désastreuse, Jules, le plus jeune, n’a été que quelques matinées à l’école et j’ai décidé de ne pas poursuivre. Cette décision n’a pas toujours été facile à assumer parce qu’elle paraissait presque suspecte pour notre entourage. C’est compliqué de faire entendre qu’on imagine une autre façon d’apprendre pour nos fils. J’imagine qu’il y a des enfants très épanouis à l’école mais les miens ne l’étaient pas.

Quand j’ai accouché la première fois, c’est comme si je m’étais enfin connectée à moi-même. J’ai découvert qui j’étais vraiment et j’ai appris à écouter mes intuitions.

Comment se passe vos journées ?

J’ai choisi de pratiquer le unschooling, c’est-à-dire les apprentissages libres et autonomes en respectant le rythme de l’enfant. Ce courant soutient l’idée que si les enfants grandissent dans un milieu assez enrichissant, ils peuvent apprendre par eux-mêmes, à leur rythme. Ils ont le temps de trouver ce qui les intéresse et d’ensuite développer leurs connaissances, seuls. Moi, je suis là pour les accompagner dans leur chemin d’apprentissage mais je ne leur impose rien. Même si je suis logopède et psychomotricienne de formation, je ne suis pas prof. Je ne me sens pas de leur faire la classe selon des règles et des horaires établis. Sinon je les aurais laissés à l’école. Je veux qu’ils aient une enfance libre à monter dans les arbres, à courir dans la nature et à jouer librement. Pour moi c’est essentiel. Dans la nature, les enfants sont eux-mêmes, ils peuvent vraiment s’épanouir. A côté de ça, ils sont très régulièrement en contact avec d’autres enfants via un réseau d’enfants déscolarisés mais aussi via des activités comme des cours de musique, du sport ou les Louveteaux. On part également régulièrement pour de longs voyages. Là par exemple, nous partons pour plusieurs mois à sac à dos, en Inde, en Birmanie et en Thaïlande. Le voyage n’est pas vraiment organisé, on improvise un peu au fil de nos rencontres et de nos découvertes. Ces voyages leur permettent de s’émerveiller, de créer des liens forts avec d’autres cultures ou d’autres voyageurs mais aussi d’attiser leur curiosité. On voyage léger pour apprendre à revenir à l’essentiel loin de la société de consommation. Ce sont des valeurs essentielles pour moi.

Est-ce que tu ressens certaines pressions de la société par rapport à ton rôle de maman ?

Oui, déjà par l’éducation alternative que j’ai choisie de donner à mes enfants. Ça a été difficile voire challengeant d’assumer mes choix face à la famille ou aux amis. J’ai beaucoup entendu de réflexions du type : « ouais on verra ce que ça donne à l’âge adulte ». Comme si tout était blanc ou noir. Je crois que peu importe quelle éducation on choisit de donner à ses enfants, on est toujours jugée dans notre rôle de mère. On doit ressembler à une mère parfaite qui donne du bio, ne crie jamais et dont la maison est toujours nickel. C’est violent parce que bien souvent ce rôle est lié à ce qu’on a vécu enfant. C’est très difficile pour la plupart des femmes de s’affranchir de ces jugements et de se dire que chacune a le droit de faire comme elle le souhaite et qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise mère. On essaye toutes de faire de notre mieux et c’est ça qui est riche. Pour toutes ces raisons, la sororité me semble être une valeur essentielle. C’est dans cette idée que j’anime mes cercles de femmes.

Est-ce qu’il t’arrive d’avoir peur pour tes enfants ?

Comme j’ai choisi un chemin alternatif pour eux, j’essaye de lâcher prise. J’apprends à accueillir mes peurs et à faire confiance à mon instinct. Parfois, je m’interroge sur la liberté que je leur laisse et je me demande si un jour ils devaient retourner à l’école, est-ce qu’ils y arriveraient parce qu’ils sont en décalage avec les élèves de leur âge. Donc oui, j’ai plein de peurs mais je sens que ce que je fais est juste. Je crois profondément qu’il faut dépasser sa zone de confort pour vivre le côté magique de la vie.

Si tu ne devais transmettre qu’une valeur à tes enfants ça serait laquelle ?

De sentir libres d’être qui ils sont vraiment. De faire des choses qui les nourrissent et qui sont bonnes pour eux malgré les pressions.