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Burcu. Et le miracle fut

Si pour certaines il ne suffit que d’une fois pour tomber enceinte, pour Burcu il aura fallu attendre 10 longues années de tentatives infructueuses. Alors quand enfin son corps décide de lâcher prise et de lui faire ce cadeau, elle savoure sans trop oser le crier pour ne pas attirer le mauvais oeil comme elle dit. Pourtant, chaque sourire raconte cet amour immense qu’elle porte à ses deux petits miracles.

Burcu, 51 ans, mariée, 2 enfants, Noyan 10 ans et Nazife 9 ans, secrétaire de direction dans une école

Quel genre de petite fille étais-tu ?

J’étais une petite fille très joyeuse, dynamique, sociable et curieuse.

Dans quel genre de famille as-tu grandi ?

J’ai grandi au sein d’une famille turque très laïque. Nous avons quitté mon pays d’origine quand j’avais deux ans. Nous avons vécu pendant 4 ans et demi à Londres et puis nous sommes venus à Bruxelles. Mon père était correspondant pour un quotidien turc. J’ai donc grandi dans une maison ouverte au monde et où la lecture était importante.

Est-ce que tu as l’impression de reproduire le modèle familial ou bien d’être complètement à l’opposé ?

Je pense que l’éducation que j’ai reçue influence beaucoup ma propre manière d’élever mes enfants. Comme mes parents avec moi, je veux qu’ils se sentent citoyens du monde. Je leur transmets aussi cette chaleur que j’ai reçue enfant. J’ai également décidé de ne leur parler qu’en turc pour qu’ils connaissent ma langue. Ils parlent français avec leur papa et vont à l’école en néerlandais. Là où je pense me différencier de la maman turque traditionnelle c’est que je ne suis pas très mère poule. Ils sont bien sûr la prunelle de mes yeux mais j’ai appris à lâcher prise et à ne pas m’inquiéter inutilement.

Tes grossesses, tu dirais que c’était plutôt « bienvenu au paradis » ou « mon dieu quel enfer » ?

Paradis pour les deux ! Tout d’abord, je n’ai pas été du tout malade et pour la première grossesse c’était une incroyable surprise. On ne s’y attendait pas du tout. Pendant 7 ans on a essayé d’avoir un bébé naturellement et puis par fécondation in vitro. On a ensuite abandonné et lancé une procédure d’adoption qui a duré deux ans. Et finalement au bout de cette procédure, je suis tombée enceinte sans m’en rendre compte. C’était incroyable quand j’ai entendu ses premiers battements de cœur. Ma mère était en Turquie et je lui ai montré via Skype la première échographie. Elle n’en revenait pas. Elle m’a dit « Je raccroche, je dois appeler ma meilleure amie » (rires). Même l’accouchement s’est déroulé sans aucun stress.

Est-ce que la maman que tu imaginais être, ressemble à celle que tu es ?

Je vais être complètement honnête : je n’ai jamais rien imaginé avant de devenir maman. C’est un trait de caractère chez moi, je ne projette jamais rien. Ça n’est pas toujours bien de ne pas se projeter bien sûr. Je fais toujours tout à la dernière minute (rires). Concernant les premiers moments avec mon bébé, je me suis sentie comme un animal. Je me disais que ça allait d’office être bien. Que ça ne pouvait pas aller mal. Même si je peux me sentir comme une louve si on touche à un de leurs cheveux, j’aime laisser mes enfants libres. Je ne suis pas du tout control freak.  Je les laisse vivre. Je me souviens que quand mon fils était tout bébé, nous étions chez des amis et il dormait dans son couffin dans la chambre. Et une amie m’a demandé « mais tu ne vas pas le voir ? ». Et je ne comprenais pas. Il dormait, j’avais confiance. Il faut pouvoir les laisser respirer.

Il faut être une « bonne mère ». Personnellement, je ne sais pas ce que ça veut dire. Finalement, on parle très peu de « bon père »

Est-ce que tu trouves que les mamans subissent des pressions ?

Oui bien sûr. D’abord, Il faut être une « bonne mère ». Personnellement, je ne sais pas ce que ça veut dire. Finalement, on parle très peu de « bon père ». On doit également être une vraie femme, on doit réussir professionnellement, on doit savoir cuisiner…Je crois qu’il y a la pression de la société mais que nous-mêmes, en tant que femme, on se met énormément de pression. Aujourd’hui, comme on doit se consacrer à plein de choses, c’est d’autant plus difficile. Autrefois, les femmes se posaient beaucoup moins de questions. Elles devaient s’occuper du ménage et des enfants et il n’y avait pas de place pour autre chose. Puis à côté de tout cela, tu as aussi la pression des enfants. Ma fille quand je vais boire un verre avec des copines, elle me dit « Tu sors encore ? » (sourire).

Est-ce que parfois tu as peur?

Oui, j’ai peur qu’il puisse leur arriver du mal. Qu’à l’école par exemple, ils ne se défendent pas assez, qu’ils fassent de mauvaises rencontres. J’ai peur qu’ils échouent à l’école. Mais surtout j’ai peur qu’ils ne soient pas heureux.

SI tu devais transmettre une seule valeur à tes enfants, laquelle serait-elle ?

Deux. L’honnêteté et le bonheur. C’est essentiel qu’ils soient sereins et heureux avec eux-mêmes. Qu’ils sachent être heureux avec de petites choses simples. Ma fille par exemple est super heureuse parce que j’ai appris à faire des tresses épis (rires).