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Axelle. Toi plus moi

Avant de devenir maman, Axelle vit une vie à 100 à l’heure. Elle est engagée depuis longtemps comme militante pour un parti politique et n’hésite pas à retrousser ses manches pour défendre les plus démunis. Mais quand Sacha arrive, c’est le coup de foudre. Elle n’a plus qu’une envie : passer le plus de temps possible avec lui, quitte à délaisser un peu le reste. Entre doutes et certitudes, elle essaye de jongler entre son nouveau rôle de maman et celui de femme active et engagée.
Axelle, 31 ans, en couple, 1 enfant, Sacha 1 an et demi, prof d’espagnol
Quel genre de petite fille étais-tu ?

J’étais fille unique et assez timide. Je pense que cette condition a influencé pas mal mon caractère car je passais beaucoup de temps seule avec ma maman puisqu’elle ne travaillait pas.

Dans quel type de famille as-tu grandi ?

J’ai grandi à la campagne, dans un milieu ouvert où les livres comme les animaux étaient très importants. On me portait beaucoup d’attention car mon papa était lui aussi fils unique et que ma maman n’avait jamais connu sa propre mère. Mon père n’était pas très souvent là car il était très pris par son travail et ses activités sportive et politique.

Tu penses que tu reproduis l’éducation que tu as reçue ou tu es plutôt totalement en opposition avec celle-ci ?

J’aimerais dire qu’elle est différente mais je crois que je reproduis finalement pas mal le schéma de mon enfance. Par exemple, lorsqu’il s’agit de décider qui sortira un samedi soir, c’est toujours moi qui reste avec Sacha. Quelque part ça me semble normal de rester à la maison avec le petit mais mon compagnon n’insiste pas non plus pour échanger les rôles. Le samedi, il joue au foot et pas question de louper ça même si moi je voudrais profiter de ma soirée. A un autre niveau par contre, je me différencie de ma maman car je voudrais absolument avoir deux enfants. J’ai plutôt souffert de ma timidité, même si aujourd’hui je me soigne (rires) et je pense qu’en ayant une sœur ou un frère, Sacha sera plus ouvert, plus sociable.

Ta grossesse, tu dirais plutôt bienvenue au Paradis ou mon dieu quel enfer ?

Bienvenue au paradis (grand sourire) ! J’ai adoré être enceinte. Même si au début de ma grossesse, j’étais très fatiguée, par la suite tout s’est passé comme sur des roulettes. Par exemple, moi qui suis migraineuse en temps normal, je n’ai plus jamais eu mal à la tête pendant 9 mois. J’avais juste tout le temps envie de manger (rires) mais ça non plus ça n’était pas un problème ! Le seul truc qui m’a un peu agacée, c’est l’attention que te porte les gens comme si tu étais handicapée. Mais en même temps, c’était toujours fait avec bienveillance et finalement tu créées des liens avec des personnes qui ne t’auraient jamais parlé auparavant. « Fille, garçon, combien de mois », tout le monde te parle (rires).

Quelle maman pensais-tu être ?

J’étais persuadée que les trois premières années allaient être horribles car j’étais sûre de ne pas aimer les nouveaux-nés. Pour moi, les bébés c’étaient simplement des machines à caca et à vomi (rires) avec lesquels tu avais finalement très peu de lien. Mais j’étais très sereine par rapport à cette idéé-là. Je me disais que c’était un mauvais moment à passer. Evidemment, je n’avais pas mesuré l’ampleur des conneries que je pensais et dès qu’il est né, je n’ai plus du tout vu les choses sous cet angle. Au moment de l’accouchement, on a eu très peur car le cordon ombilical de notre bébé s’était enroulé autour de son cou et son cœur s’est mis à ralentir très fort. Pendant trois longues minutes, les infirmières massaient mon ventre en répétant « reviens, reviens, reviens ». Là apeurée, je me suis vraiment rendue compte combien je l’aimais déjà.

Tu trouves que les femmes subissent beaucoup de pression par rapport à la maternité ?

Oui. Par exemple, la pédiatre qui nous a suivi à la naissance de Sacha, a failli me faire totalement rater mon allaitement. Dès les premiers jours, alors que Sacha grossissait bien, elle a demandé à ce qu’on lui donne des compléments de lait. Je ne comprenais pas trop puisque tout se passait bien pour moi comme pour lui. Heureusement les sages-femmes sont allés dans mon sens et j’ai continué à le nourrir de la manière que je pensais être juste. Dans les semaines qui ont suivies, elle n’était pas du tout aidante ou compréhensive. En fait, elle ne voyait absolument pas dans l’allaitement le rapport chaleureux entre une maman et son bébé mais juste le poids que devait prendre un enfant selon elle. Plus tard, j’ai voulu discuter avec elle de la possibilité ou pas de faire suivre à notre fils un régime végétarien. Elle s’est immédiatement braqué et a coupé toute possibilité de dialogue. De manière générale, même si on est assez bien suivies dans les premières semaines après l’accouchement, très vite on est livrée à soi-même. J’ai l’impression que chaque médecin est cantonné à sa spécialisation et que finalement personne ne fait le lien entre le gynécologue, le pédiatre, la kiné… C’est comme si ton vagin, tes abdos, ta vessie et le bébé étaient séparés et que c’est à toi de faire ta popotte. Moi par exemple, j’aurais aimé avoir la possibilité de discuter avec une conseillère en lactation. Aujourd’hui, Sacha a 13 mois et je l’allaite toujours. J’aurais besoin de conseils mais comme je suis « hors délai », il n’y a personne pour répondre aux questions que je me pose sur ce sujet.

Chaque médecin est cantonné à sa spécialisation. C’est comme si ton vagin,
ta tête et ton bébé étaient déconnectés  les uns des autres et que c’était à toi de faire ta popotte
Qu’est-ce qui est le plus dur d’après toi dans la maternité?

Faire abstraction du regard des autres. Que ça soit avec la pédiatre, avec certaines personnes de la famille, ou des amis, je me suis sentie très jugée. Tout était toujours trop ou pas assez mais au final j’avais l’impression que je ne faisais jamais rien bien. Idem par rapport à mon choix d’allaiter jusqu’à maintenant. ça n’est pas toujours facile de faire comprendre ses choix à son entourage proche. Heureusement ma meilleure amie a accouché 6 mois avant moi et du coup je peux discuter avec elle et quelque part me rassurer.

Est-ce que tu penses que l’allaitement créé un cocon maman/ bébé duquel le papa peut se sentir exclu et du coup ne pas jouer son rôle à 100%?

Oui clairement. Allaiter me donne un privilège par rapport à Sacha, ça créé un lien physique très fort. Quand il est très triste, je sais qu’il suffit que je le mette au sein et il se calme tout de suite. Mais ça donne aussi un prétexte à l’autre pour se déresponsabiliser de la vie quotidienne. Je dirais que l’allaitement n’aide pas à la répartition des tâches dans le couple.

Si tu ne devais transmettre qu’une valeur à ton fils, ça serait laquelle ?

La tolérance. Mais une tolérance éclairée. Pas bêtement lui dire « le racisme c’est pas bien » mais lui permettre de comprendre comment ce sentiment peut naître.