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Pamela. Apprendre à aimer

Pas évident, de se sentir maman quand on a soi-même eu une enfance difficile. Pamela a 27 ans quand elle tombe enceinte. Son petit Jo, elle le veut vraiment. Pourtant dès qu’il arrive, elle est perdue, elle n’a pas les codes. Elle ne sait pas comment on fait pour aimer un enfant. Elle démissionne pendant près de deux ans avant de se rendre compte qu’elle risque de ne plus pouvoir faire marche arrière si elle ne prend pas sa place de maman.

Pamela, 34 ans, en couple, maman de Joachim 6 ans, en reconversion professionnelle dans la pâtisserie.

Quand t’étais petite, t’étais quel genre de petite fille ?

J’étais une petite fille avec un sale caractère. J’ai toujours eu une grande sensibilité à l’injustice et était plutôt rebelle.

Dans quel genre de famille as-tu grandi ?

J’ai grandi dans une famille un peu particulière. Mon père vient d’une famille italienne ouvrière, peu scolarisée, très traditionnelle et de culture catholique. Ma mère, elle, est hollandaise, protestante et vient d’un milieu ultra bourgeois et très cultivé puisque mon grand-père était prof d’unif. Ce mélange des genres ne fonctionnait pas toujours bien. Mes parents étaient très strictes et nous élevaient à l’ancienne selon des préceptes assez machistes. Mon père déléguait l’essentiel de la charge parentale à ma mère qui était femme au foyer. Très jeune, je me suis rendue compte qu’il y avait de grandes différences entre l’éducation que ma sœur et moi nous recevions et celle de mes frères. Je m’opposais souvent à mon père, au nom des filles et je le payais en général très cher. Ma mère n’était pas spécialement aimante et je me suis toujours demandé pourquoi elle avait eu autant d’enfants. Je pense qu’à l’époque on ne se posait pas ce genre de questions. Avoir des enfants était la norme.

Tu dirais donc, que tu élèves ton fils totalement en opposition à ton éducation ?

Oui, je dirais que je fais totalement différemment de mes parents. Mais du coup j’ai l’impression d’être tout le temps en opposition avec tout. Je veux dire que quand tu as vécu enfant autant d’injustices, tu ne peux pas tolérer un temps soi peu le sexisme, les inégalités,…Je peux très vite me mettre en colère et je pense que si j’avais vécu dans une famille plus respectueuse, je ne réagirais pas de manière aussi virulente à certaines choses au-dessus desquelles les gens passent assez facilement. Avec mon fils, j’ai une attitude très protectrice. Parfois, j’ai l’impression de me comporter vraiment comme une mamma italienne (rires). Par exemple, je dois me dire « allez demande-lui de mettre la table » parce que mon réflexe premier serait de le servir comme un prince. A côté de ça, j’essaye de lui donner une éducation assez libre où je lui explique qu’il a le droit de porter ce qu’il veut indépendamment de son genre et que personne n’a le droit de le juger. On a tous nos paradoxes (rires).

Ta grossesse, tu dirais que c’était « bienvenu au paradis » ou « mon dieu quel enfer » ?

(rires) Ni l’un ni l’autre. Je n’ai pas eu une grossesse super facile mais je ne pourrais pas parler d’enfer. Après je n’ai pas aimé être enceinte. J’ai trouvé que c’était très liberticide. Il y a toute une partie de ta vie que tu dois laisser tomber pendant 9 mois. Mais ce côté-là c’est surtout dans les premiers mois de vie de Jo que je l’ai mal vécu. Au point que par moment, je l’ai regretté. Si on m’avait dit « on va le donner », je crois que j’aurais accepté. Je n’avais que 27 ans et j’avais l’impression d’être passé d’un coup d’une vie très peu contraignante à une vie extrêmement contraignante. Certainement que je manquais cruellement de maturité. Je n’avais pas du tout rationalisé ce que devenir mère impliquait et je ne me rendais pas compte non plus que toutes ces responsabilités n’étaient pas temporaires mais que j’avais signé pour minimum 20 ans. Et en même temps, je me dis que si on réfléchissait trop à l’idée de faire un enfant, on ne passerait jamais le cap.

Devenir mère, c’est très liberticide.

On passe d’une vie très peu contraignante à une vie gérée par les besoins de son enfant

Tu n’avais donc pas imaginé quel genre de maman tu serais ?

Non, pas du tout. Dans les premiers mois de vie de mon fils, j’avais l’impression d’assurer le minimum et de lui octroyer les besoins primaires et pas grand chose d’autre. Je ne comprenais pas pourquoi je devais lui donner de l’affection parce que dans la famille dans laquelle j’ai grandi, on ne donnait pas d’affection. Ça n’est que vers deux ans, quand je me suis finalement retrouvée seule avec lui, après ma séparation que je me suis rendu compte que je ne pouvais plus fuir. Une semaine sur deux, je devais m’en occuper puisque son papa n’était plus là pour le faire. Au début c’était très conflictuel entre le petit et moi. Il ne voulait pas plus venir chez moi que moi je n’avais envie de le prendre. J’ai compris alors que ça ne tenait qu’à moi que ça se passe bien. Que sinon, un jour il pourrait clairement décider qu’il ne voudrait plus venir chez moi. Aujourd’hui, notre lien a évolué très positivement mais ça reste un travail quotidien. C’est difficile pour moi d’évaluer notre relation car je n’ai pas de notion de ce qui est « normal » ou pas. J’apprends petit à petit, je grandis avec lui.

Tu trouves qu’on subit beaucoup de pression en tant que jeune maman ?

Au niveau de mon entourage proche, je ne pourrais pas parler de pression car aucun ami n’avait d’enfant. Ils me donnaient en général des conseils vraiment bienveillants. Par contre, la pression vient de mes parents. Alors que tout ce que je veux, c’est de ne surtout pas devenir des parents comme eux. J’ai dû pas mal de fois leur répéter que je ne voulais absolument pas de leur avis.

Aujourd’hui, avec le recul est-ce qu’il y a des choses qui te paraissent encore très difficiles, en tant que mère ?

Oui. Toujours cet aspect liberticide. Tout doit toujours s’organiser en fonction de ton enfant. Je trouve que de manière générale la vie en société est très contraignante. On est tenu à des horaires, à des règles. C’est déjà dur pour soi en tant qu’individu mais ça l’est plus encore avec un petit. Se lever tôt, partir dans le froid à l’école, prendre des trams bondés, c’est très astreignant.

Qu’est-ce qui te plaît dans ta relation avec ton fils ?

Notre complicité. On passe beaucoup de chouettes moments à deux. Dans le cadre qui nous est imposé, il me semble qu’on vit aujourd’hui notre relation comme je le voudrais.

Quelle valeur, tu voudrais absolument transmettre à ton fils ?

La justice. Etre juste par rapport aux autres, de ne pas être arbitraire. De ne pas juger quelqu’un sur base de son sexe, sur sa couleur,…D’y réfléchir constamment et de pouvoir remettre ses opinions en cause. Car la société nous conditionne beaucoup à penser que des choses anormales sont normales. Je voudrais qu’il se demande continuellement si ce qu’il fait correspond à sa vision de la justice. L’intégrité, c’est une autre valeur essentielle pour moi.